Le patrimoine juif de L’Isle-sur-la-Sorgue

La première référence écrite qui témoigne de la présence d’une communauté juive à L’Isle-sur-la-Sorgue date de 1268.

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Tout porte à croire que la juiverie, située intra-muros dans le quartier de Villefranche, existait bien avant cette date au même emplacement.

A partir de 1274, le Comtat Venaissin est placé sous l’autorité du pape ; cette tutelle permettra aux juifs de vivre en relative liberté sur ces terres pontificales alors qu’ils sont persécutés et expulsés en d’autres lieux (Angleterre à la fin du XIIIe siècle, France au début du XIVe siècle, Espagne, Portugal et Provence, à la fin du XVe siècle).

Au milieu du XVe siècle, les autorités pontificales durcissent la réglementation concernant les communautés juives du Comtat. Afin de les séparer des chrétiens, on oblige les juifs à vivre dans une unique rue (carreria en provençal) que l’on ferme la nuit. Ce terme de « carrière » va dès lors désigner le quartier juif et la communauté qui l’habite.

En 1624, les juifs du Comtat sont frappés par de nouvelles mesures. Ils sont alors assignés à résidence dans quatre cités : Avignon, Carpentras, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue.

Ainsi va se poursuivre la vie des « juifs du pape » de L’Isle pendant près de deux siècles, jusqu’à leur émancipation par le rattachement du Comtat Venaissin à la France en 1791.

La carrière de L’Isle

Carto juiverie octobre 2016La carrière (Juiverie) de L’Isle-sur-la-Sorgue © DPI

Le quartier juif (carrière, juiverie), dans sa configuration du XVIIIe siècle, se développait sur une superficie d’environ un hectare. Il était fermé par deux portes closes le soir. Celles-ci étaient situées à l’est (aujourd’hui rue Alfred de Musset) et à l’ouest (rue Louis Lopez). La vie de la communauté était organisée autour d’une place centrale où se concentraient les activités économiques, essentiellement tournées vers l’industrie textile. Les maisons pouvaient s’élever sur quatre, voire cinq étages, afin d’optimiser un espace devenu précieux.

L1080599Immeuble de la Juiverie dans une impasse © DPI

L1000356 - CopiePorte d’entrée d’un immeuble du XVIIIe siècle de la Juiverie © DPI

Au moins deux immeubles particulièrement représentatifs de l’architecture civile des carrières de la fin du XVIIIe siècle sont conservés. Ces bâtiments se caractérisent par un style raffiné, perceptible notamment dans la qualité des ferronneries des balcons et des décors de gypseries.

L1020305Immeuble près de la synagogue © DPI

L1070258Balcon de la fin du XVIIIe siècle © DPI

L1020311 - CopieDétail d’un balcon de la fin du XVIIIe siècle © DPI

La seconde moitié du XVIIIe siècle est marquée par une nette amélioration des conditions de vie et des ressources utilisées pour la reconstruction des immeubles et des bâtiments cultuels (synagogue, bain rituel, etc.).

La synagogue

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Une première synagogue existait avant le XVIe siècle puisque l’évêque de Cavaillon autorise en 1523 sa reconstruction dans l’angle sud-est de la carrière. François Brun fut chargé de la restaurer en 1676. Elle fut néanmoins de nouveau reconstruite en 1759. Son architecture et sa décoration étaient probablement très proches de celles de Cavaillon ou de Carpentras. Fort endommagée pendant la Révolution, la synagogue fut finalement détruite en 1856. Seul subsiste un garde-corps en fer forgé, visible aujourd’hui à la collégiale.

Le cimetière

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Le cimetière juif est implanté à plus d’un kilomètre du centre-ville de L’Isle-sur-la-Sorgue, à la limite des territoires de Caumont et du Thor (chemin du Cimetière israélite, lieu-dit des Bagnoles). Cet éloignement peut être justifié par une possible mise en commun de l’espace funéraire avec le Thor avant le regroupement des communautés juives du Comtat dans quatre carrières en 1624 (Avignon, Carpentras, Cavaillon, L’Isle-sur-la-Sorgue).

Il est probable que le cimetière, dont la première mention attestée en l’état actuel des recherches date du milieu du XVIe siècle, existait déjà au Moyen Age à son emplacement actuel. Seules des investigations archéologiques et archivistiques pourraient confirmer une utilisation antérieure de ce terrain excentré des Bagnoles et ainsi déterminer l’existence d’une continuité d’occupation depuis le Moyen Âge jusqu’au XXe siècle. Cette hypothèse conférerait au cimetière de L’Isle une importance majeure pour l’histoire des populations juives comtadines.

En raison de l’augmentation de population de la carrière dans le premier tiers du XVIIIe siècle, le cimetière fut agrandi en 1736 grâce à l’acquisition d’un terrain voisin. Son périmètre était délimité par des bornes de pierre dont certaines sont encore visibles.

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Désaffecté après 1939, ce cimetière, inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques (ISMH), conserve de nombreuses tombes et enclos aménagés aux XIXe et XXe siècles par les dernières familles de la communauté judéo-comtadine de L’Isle (Abram, Créange, Crémieux et Carcassonne).

Plan cimetière© DPI

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Fig.6 - CopieLe monument de Casimir Carcassonne © DPI

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