L’architecture d’après-guerre

La période de l’après Seconde Guerre mondiale a fait évoluer la physionomie des villes. La population augmente, de nouveaux logements sont construits et des équipements modernes mis en place pour répondre à cette croissance.

Deux noms reviennent régulièrement à L’Isle-sur-la-Sorgue dans les projets de construction d’après-guerre : Albert Conil et Max Bourgoin. Ces deux architectes, associés durant plusieurs années, s’inscrivent dans ce contexte particulier, tout en refusant la standardisation qu’il peut amener.

Albert Conil est né à L’Isle-sur-la-Sorgue en 1913. Il étudie l’architecture aux Beaux-Arts de Paris de 1937 à 1944 au sein de l’atelier Expert. Après l’obtention de son diplôme, il s’installe à Avignon, dans l’hôtel de Brantes, rue de la Petite Fusterie, où il vit et travaille. En 1946, il demande à son ancien camarade de promotion, Max Bourgoin, de le rejoindre à Avignon pour travailler sur le concours de construction du nouvel hôpital d’Arles. C’est le début d’une collaboration d’une quinzaine d’année entre leurs deux agences.

Bourgoin et Conil sont tous deux architectes agréés par le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. A ce titre, ils se voient confier différents projets de construction, notamment de grands ensembles immobiliers ou scolaires. Leur réflexion allie modernité, fonctionnalité, confort, esthétique et maîtrise des coûts. Leur réponse à cette problématique se trouve dans l’industrialisation et l’usage du béton, qui présente pour eux de nombreux avantages. Leur confrère, Fernand Pouillon, connu pour ses réalisations sur le Vieux-Port de Marseille, privilégie quant à lui la pierre.

Max Bourgoin dépose, en 1959 et 1960, trois brevets d’invention :

  • éléments de construction en béton moulé – procédé de fabrication et mise en place
  • éléments évidés en béton armé et procédé d’assemblage
  • éléments d’escalier préfabriqués en béton armé et procédé de mise en œuvre.

Ces procédés laissent place à une certaine créativité dont il ne s’est jamais départi. Il était d’ailleurs passionné par l’art de la sculpture. Il prend soin de différencier les façades en fonction de leur orientation. Il utilise le béton sans le dissimuler. Au contraire, il l’anobli par des traitements soignés.

Ces techniques ont été employées lors de la construction du groupe scolaire Augustin Mourna de L’Isle-sur-la-Sorgue, qui sert par ailleurs de publicité à Max Bourgoin dans ses brochures de présentation de son travail.

Les projets scolaires

Le conseil municipal décide, en 1953, de remplacer les écoles exiguës et vétustes par un groupe scolaire moderne, situé le long de l’avenue Fabre de Sérignan. La première rentrée a lieu en septembre 1961. Plus tard, en 1965, ce groupe scolaire prend le nom d’Augustin Mourna, maire de L’Isle-sur-la-Sorgue à l’initiative de ce projet.

L’architecte désigné pour travailler sur ce bâtiment est Albert Conil, qui collabore sur ce projet avec Max Bourgoin. Il comprend seize classes de filles, douze de garçons, une cantine commune, cinq logements de maîtres et un pour le concierge. Les classes exposées au sud, et donc protégées du mistral, sont accessibles par un couloir situé côté nord où les ouvertures sont réduites. Cette préoccupation est très présente dans les réalisations d’Albert Conil.

Le groupe scolaire Augustin Mourna

Le groupe scolaire de L’Isle-sur-la-Sorgue est très similaire à l’école Sixte-Isnard d’Avignon, construite à la même période.

Construction de l’école Sixte-Isnard d’Avignon © catalogue de l’exposition « Max Bourgoin, un architecte en Vaucluse », Colonnes, n°15

En parallèle du projet de groupe scolaire, Albert Conil travaille à la réalisation de bâtiments annexes dans des écoles existantes.

En 1957, un nouveau réfectoire est construit pour l’école du hameau de Petit-Palais. Quelques années plus tard, en 1966, le projet de remplacer le réfectoire par une cantine lui est également confié.

Il est toujours utilisé aujourd’hui, à l’instar de la classe supplémentaire de l’école maternelle du Centre qu’il conçoit en 1958. Elle est réalisée avec des piliers d’angles en béton banché légèrement armé et des murs de soubassement en béton banché de gravier.

Classe supplémentaire de l’école maternelle du Centre © DPI

Le lycée Benoit connaît plusieurs phases de travaux et d’agrandissement dans les années 1960 et 1970.

Albert Conil a réalisé le gymnase et les vestiaires-douches en 1962.

Quelques années après, Max Bourgoin est désigné architecte coordinateur d’opération, par le ministère de l’Éducation Nationale, dans le cadre de l’ouverture d’un lycée de second cycle industriel long ainsi que d’un collège d’enseignement technique. Les travaux se déroulent entre 1969 et 1977. Le bâtiment des ateliers, avec ses façades en béton travaillé, est représentatif de la deuxième partie de la carrière de Max Bourgoin, après la fin de sa collaboration avec Albert Conil durant les années 1960.

Le bâtiment des ateliers au lycée Benoit © DPI

Réalisée à la même époque, la résidence San Miguel à Avignon, construite entre 1968 et 1975, reste encore aujourd’hui emblématique de son travail. Ses réalisations sont toujours dominées par l’usage du béton et son travail sur l’enveloppe des bâtiments.

Les logements collectifs pour la société coopérative HLM

Max Bourgoin et Albert Conil ont réalisé environ 7000 logements dans le Vaucluse. La période d’après-guerre voit une nette augmentation de la population de L’Isle-sur-la-Sorgue qui passe de 6922 habitants en 1946 à 9740 en 1968.

La société coopérative HLM signe avec eux un contrat d’architecte d’opération pour la réalisation de logements à L’Isle-sur-la-Sorgue entre 1960 et 1963 : dix-huit aux HLM « Les Capucins » et autant aux HLM « Char ».

Le projet plus conséquent concerne les HLM « Saint Véran », sur le cours Émile Zola, où soixante-trois logements sortent de terre entre 1961 et 1965, sur un terrain acheté par la municipalité à Louis Brun et dont 7220 m² ont été vendus à la société coopérative HLM.

La gendarmerie

Sur une partie de ce même terrain, la commune projette en 1961 la construction d’une nouvelle caserne de gendarmerie, avec des logements, qui sera ensuite louée à l’État.

En 1962, Albert Conil dresse les plans du bâtiment de trois étages sur rez-de-chaussée. Les murs extérieurs sont en béton coffré, comme le soubassement. Il spécifie que les coffrages doivent être soignés car les murs sont prévus brut de décoffrage.

Les gendarmes s’installent en avril 1966. Aujourd’hui ce bâtiment accueille des logements sociaux.

Plan de la façade sud de la gendarmerie
© Archives municipales de L’Isle-sur-la-Sorgue,
113 W 4

Les extensions de l’hôpital

En 1958, le conseil d’administration de l’hôpital décide de la création d’un service de convalescents. Après achat et démolition des maisons situées à l’emplacement de cette extension, Albert Conil réalise une aile, au nord des bâtiments existants, qui ouvre en juin 1965.

Le choix du matériau se porte vers la pierre afin de s’adapter à l’architecture du centre ancien. Il poursuit l’extension au milieu des années 1970, avec le même esthétisme, en réalisant une aile perpendiculaire à usage de chaufferie, buanderie et locaux d’hospitalisation. Les soubassements sont en béton banché tandis que les murs sont élevés en pierre des carrières de Lacoste.

Extension de l’hôpital, façade rue Alphonse Benoit © DPI