La chapelle Saint-Andéol de Velorgues (2019)

les fondations du bâtiment voute et en arrière plan

Le diagnostic mené par la Direction du patrimoine de l’Isle-sur-la-Sorgue derrière le chevet de la chapelle Saint-Andéol offrait l’opportunité d’aller au-delà des limites imposées à la fouille programmée. En s’avançant plus avant dans l’ancien village de Velorgues nous espérions pouvoir estimer l’extension maximale du cimetière aux différentes époques ainsi que saisir le passage entre l’espace funéraire et les premières maisons. Hors des zones de concentration les plus importantes de sépultures, il était envisageable de déterminer la chronologie complète de l’occupation.

La plus forte concentration de sépultures se limite au quart sud-ouest du terrain (Fig. 1).

Plan du diagnostic et principales orientations des bâtiments – M. Dadure, N. Fourchet

Entre le Xe et le XIVe s., les inhumations en coffre puis en pleine terre se recoupent et se superposent sur 3 niveaux dans un espace progressivement de plus en plus contraint par les bâtiments environnants et par l’enceinte du village. Si l’on transpose la densité observée dans les sondages les plus profonds, le nombre total d’individus dans ce secteur de 280 m² peut être évalué à un minimum de 300 individus. Le cimetière du haut Moyen-Âge était au contraire libre de toute contrainte. Entre le VIIIe et le IXe s., les sépultures sont éparpillées au-delà des limites de la fouille, formant probablement de petits regroupements de quelques individus.

On a plus de difficulté à saisir l’occupation domestique associée aux sépultures les plus anciennes. Sur l’essentiel de la parcelle, les niveaux antérieurs à l’An Mil se résument à une phase de sédimentation riche en mobilier venant combler des dépressions du terrain naturel. On se trouve vraisemblablement en périphérie du village du haut Moyen Âge dont les premières habitations n’apparaissent qu’à l’extrémité nord-ouest de la parcelle. A partir des XIe-XIIe s. les constructions se multiplient. Des bâtiments suivant une même orientation encadrent un cimetière très dense qui se limite désormais au quart sud-ouest du terrain. Ces constructions que l’on associe au prieuré se caractérisent par l’homogénéité de leur mise en œuvre ainsi que par la rareté des traces d’occupation domestique. Aux XIIe-XIIIe s., un bâtiment voûté de 12 m par 6 m leur est ajouté au détriment de l’espace funéraire (Fig. 2).

Les fondations du bâtiment voûté et en arrière-plan le cimetière – Cliché M. Dadure

Au XIVe s., une partie de ces bâtiments sont détruits au profit de nouvelles constructions qui suivent une orientation différente (écurie/étable du second tiers du XIVe s.). Le mobilier associé à cette époque renvoie clairement à une occupation domestique qui contraste avec la séquence stratigraphique des XIe-XIIe s. Mais le prieuré en lui-même reste en activité. Le bâtiment voûté de la tranchée 1 subsiste jusqu’au tournant des XVe et XVIe s., époque où un acte est passé dans ce qui est appelé une crota.

Alors que nous pensions que ce diagnostic allait mettre au jour les habitations de l’ancienne villa de Velorgues, il a avant tout éclairé l’histoire du prieuré rural de Saint-Andéol et de son cimetière. L’ampleur des infrastructures d’époque romane que l’on pense appartenir à la ¨pars rustiqua¨ du prieuré, pourraient attester un type d‘établissement rarement approché par l’archéologie provençale. On serait tenté d’y reconnaitre une forme répandue de prieuré rural, apparenté aux villae médiévales laïques. Il s’agit du centre de développement d’un domaine détenu par une abbaye, ici Montmajour, qu’elle contrôle en majorité à partir du XIe s. Évidemment, la nature du seigneur du lieu induit une différence très concrète. Dans un premier temps, le centre monumental de la localité n’est vraisemblablement pas la tour bâtie aux XIIe-XIIIe s., mais bien le prieuré et sa clôture. Une fouille complète de la parcelle est primordiale pour pouvoir confirmer ou infirmer cette idée. La clôture prieurale ne nous semble pas aller au-delà des terrains concernés par le diagnostic et la fouille programmée. Il est donc probable qu’il s’agisse de la dernière fenêtre permettant de comprendre le développement du prieuré et son rôle dans la constitution du village de Velorgues.