La carrière de pierre du quartier Saint-Antoine (2019)

Trace-doutils-sur-present-sur-un-front-de-taille-dans-le-secteur-II-Cliche-Niels-Fourchet

Début 2019, la commune de L’Isle-sur-la-Sorgue au travers de la Direction du Patrimoine a lancé une étude préliminaire menée par les agents du service et des géologues portant sur la possibilité de réouverture d’une ancienne carrière de pierre dans le quartier de Saint-Antoine. L’extraction des blocs permettrait de récupérer un grès du miocène. Ce grès est de même nature que celui utilisé au XIIe siècle pour la construction de la tour d’Argent et de son îlot, situé en centre-ville de L’Isle-sur-la-Sorgue et actuellement en cours de restauration. Suite à la réception des résultats des géologues, la Direction du Patrimoine a mis en place une opération de sondage sur le site de la carrière. L’opération, qui dura trois jours, a permis l’ouverture de trois sondages et le relevé d’une grande partie de la carrière.

La carrière est placée sur le sommet de la colline Saint-Antoine à 3,5 kilomètres du centre-ville. Divisible en trois secteurs, le front de taille s’articule sur un axe principal orienté SO-NE. L’organisation stratigraphique du sol rocheux s’articule sur trois couches bien distinctes. Une première couche de tuf, qui n’est pas présente sur la totalité du front de carrière. Une seconde en grès gris très lité. La dernière couche est en grès vert clair du miocène, il s’agit de la pierre exploitée sur ce site.

Les sondages sont tous concentrés au sud-ouest, dans le secteur 1, seule zone accessible à des engins mécanisés. Le premier sondage a été ouvert contre le front de carrière sud sur une surface d’environ 18 m². Il n’a pas atteint le socle rocheux, le sol de la carrière, malgré un sondage profond stoppé à 5.70 mètres. Le front de taille a cependant été retrouvé et présente de multiples traces de l’exploitation. Les impacts des pics de carriers sont très nombreux, les paliers et les marches résultant de l’extraction des lits de grès sont visibles. Trois phases d’accumulations distinctes viennent combler cette portion de carrière. La plus ancienne est principalement composée de sciure de pierre et de fins déchets de taille, qui sont sans doute issus de l’extraction des lits de grès dans un autre secteur de la carrière. La seconde, composée de sciure de pierre, de déchets de taille de tout module et de blocs de grès, semble provenir d’une phase d’ouverture de nouveaux fronts de taille. La dernière phase d’accumulation est un comblement composé en grande partie de terre végétale déplacée.

Le second sondage a lui été ouvert sur une surface d’environ 10m². Situé au-dessus du front de taille, il coïncide avec la localisation de l’un des carottages réalisés par les géologues. Seule une US de remblais est visible avant d’atteindre le grès gris clair. Cette phase est sans doute contemporaine de la phase trois du sondage 1. Elle contenait le seul tesson de céramique en place. Un fragment d’Uzège avec engobe et glaçure postérieur au XVIe siècle. L’analyse du socle en grès gris a permis d’envisager son exploitation comme dalles ou blocage dans la construction.

Le dernier sondage, de 60 centimètres de large et de 3,20 mètres de long, a confirmé l’organisation stratigraphique visible dans le sondage 1, mais aussi l’impossibilité d’atteindre le sol de carrière avec les moyens disponibles, et a été interrompu à une profondeur de 4,70 mètres.

Dans les autres secteurs de la carrière, des trous d’emboitures combinées aux impacts des pics de carrier ont été repérés. Ces traces d’abatages sont liées à la présence de fronts plus courts qui s’articulent en dents de scies, dispositions qui permettent d’attaquer la pierre par plusieurs côtés et d’en faciliter l’extraction et la mise en place de gabarits. Deux tranchées s’ouvrent dans le secteur 2, en direction du sud-est. Elles semblent être la méthode employée pour faire avancer le front de manière générale.

D’après les traces d’outils l’exploitation de la carrière semble avoir eu lieu exclusivement au bas Moyen Âge, même si les dernières traces de comblement datent certainement de l’époque moderne. Il est impossible pour le moment de fournir une datation plus précise. Seules les sources écrites ou une nouvelle campagne plus conséquente pourraient fournir plus de précision. Il ne sera pas possible, devant la masse des remblais, d’exploiter à des fins de restauration cette carrière.

La provenance et l’approvisionnement en matériaux sont des questions cruciales lors d’une étude archéologique portée sur le bâti. Ces questionnements, qui concernent à la fois les parties techniques mais aussi économiques, permettent de faire le lien entre le lieu d’extraction et les lieux d’utilisations de ces matières premières. Cette opération archéologique permet d’apporter des données propices à une meilleure compréhension du lien entre ce organe source du patrimoine bâti de L’Isle-sur-la Sorgue et du terroir qui l’entoure.